Afrique=démographie, Occident=confort stérile

La vie est un risque à courir

Sans enfants…

Bernanos, le grand écrivain catholique, disait que « la vie est un risque à courir, pas un problème à résoudre ». Lui avait eu six enfants avec une descendante du frère de Jeanne d’Arc et était parti comme un émigrant à plus de cinquante ans pour fuir la vilénie de Munich. Peu lui importait s’il toucherait sa retraite. Comme dit mon ami Miguel en Espagne, les grands-parents « seguian adelante ».

Et c’est pour l’avoir considéré, cette vie, comme un problème étatique que nous allons disparaître, ici ou ailleurs.

Notre disparition se rapproche rapidement.

La stérilité de l’Occident

On apprend que les dirigeants des quatre plus grandes puissances européennes (France, Allemagne, Italie, GB) n’ont pas d’enfant : belle démonstration de cet anéantissement qui est la marque de notre civilisation du rien, du vide, du confort et de la nullification de la qualité.  Ce sont les mêmes imbéciles pédantesques, ces êtres sans descendance donc, qui prétendent nous conduire vers l’avenir, la liberté (nous allons vous contrôler pour que vous soyez plus et mieux libres), le camp européen de déconcentration, le futur transhumain, et la situation économique qui va toujours mieux.

Je ne dénonce évidemment pas l’absence d’enfant chez tel ou tel couple. Certains ne peuvent pas, d’autres ne veulent pas en avoir ; mais dans le cas de nos sinistres cadres politiques, on voit qu’ils ne doivent pas en avoir. Cela fait visiblement partie du « contrat » de ceux qui vendent leur âme aux oligarchies dirigeantes.

Voyons-en les causes grâce à un auteur australien de 1890.

Charles Henry Pearson est un universitaire britannique établi en Australie à la fin du siècle colonial. Il analyse avant Kojève et Fukuyama la Fin de l’histoire, et comme Nietzsche et avant lui Tocqueville, il voit le triomphe des idées modernes, socialisme, démocratie, accompagner le triomphe de la technique et du confort moderne.

L’intérêt de ses remarques réside dans leur modération cruelle et leur clarté prophétique. Pearson annonce notre extinction.

Je résume quelques traits de son imposant ouvrage, National life and character.

Contrairement à Gustave Le Bon, Pearson a vu que l’Anglais de 1890 faisait route vers l’étatisme, pas vers la liberté. Il a compris que tout le monde sera capable de remplir un formulaire, de prendre le métro, de bosser dans un restau, ou bien de retirer de l’argent à son distributeur automatique. Parce que c’est cela la vie moderne : une liquidation de la grandeur au service de nos automatismes matériels.

Pearson rend ainsi inutile toute théorie de la conspiration. La constatation suffit : il comprend pourquoi nous nous soumettons à la dette, à l’Etat profond ou providence. Nous sommes faibles et sans fibre.

« The world is becoming too fibreless, too weak, and too good to contemplate or to carry out great changes which imply lamentable suffering”.

 «Le monde devient sans fibre, trop faible et trop beau pour contempler ou réaliser de grands changements qui impliquent des souffrances déplorables». (*)

Il en résulte la dépression, la solitude et la fin de la confiance en soi ! C’est la fin des mondes à conquérir, et Pearson écrit à l’époque de Kipling sans doute payé pour répandre de l’optimisme un peu partout : l’optimisme est toujours mieux rétribué car –je l’ai compris trop avec Céline – il fait consommer.

Dans son plus beau chapitre (The decay of character), Pearson explique de même pourquoi en 1890 Shakespeare, Lear et sa violence font démodés, pourquoi le public veut consommer du culturel light, aussi bien à Londres qu’à Paris. Othello, c’est trop ! La poésie aussi, la grande poésie épique ou romantique a disparu, remplacée par le roman de masse naturaliste et par la presse. Le philosophe cède le pas au journaliste et à la pensée rapide. Les grands hommes façon Bonaparte ou Chatham disparaissent (mêmes raisons que celles exposées un siècle après par notre sympathique Fukuyama).

“What is a society that has no purpose beyond supplying the day’s needs, and amusing the day’s vacuity, to do with the terrible burden of personality?”

 «Qu’est-ce qu’une société qui n’a d’autre but que fournir les besoins de la journée, et distrayant le vide du quotidien, en rapport avec le fardeau terrible de la personnalité?» (*)

Car le fardeau de la personnalité, c’est autre chose à porter que le fardeau de l’homme blanc ! Freud remplace Kipling.

 Tout cela est dû à la montée d’un État (le monstre froid de Nietzsche) qui nous comble de ses bienfaits : en Angleterre, toujours d’avant-garde, on est passé du catholicisme au protestantisme puis à la liberté de pensée mâchée. La monarchie puis l’aristocratie ont été diminuées, les classes travailleuses associées au gouvernement, on cherche sa petite place au soleil.

La science n’enchante pas plus nos contemporains, cinquante après Le pseudo-alunissage, qu’elle n’enchantait Pearson. Il écrit que ses résultats seront de plus en plus médiocres, à la science, et qu’elle parle finalement de mort comme la religion.

L’objectif de l’individu sera de vivre plus longtemps sans trop être détérioré (il use ce même mot). Il sera accompagné par une appréhension de l’art réduit à l’état de bric-à-brac. Voyez les expos, les musées, etc. Debord parle d’art congelé et décongelé suivant les besoins. L’obsession des gens sera donc la santé publique, c’est-à-dire surtout personnelle. « Nous ne demanderons aujourd’hui rien d’autre que de vivre au futur et de ne pas nous détériorer ». Les Global Trends des services américains ne promettent pas autre chose : on pourra même changer de rétine pour voir la nuit, nous promettent-ils ! On vivra 130 ans a dit le Figaro néocon, sans préciser qui paiera sa retraite à son immortel vacancier bronzé.

Les antipodes banalisés, ce ne seront pas les voyages qui nous consoleront ; le monde sera européanisé, écrit Pearson, avant un siècle, et tout aura disparu avec, coutumes, dialectes et surtout vêtements traditionnels. Cela est déjà parfaitement compris dans l’un des chefs d’œuvre de Théophile Gautier, son Voyage en Espagne, publié dès 1845. Pearson dit d’ailleurs que pour voyager il faut lire des guides de voyage anciens. Je suis entièrement d’accord.

Mais je lui laisse le dernier mot que je trouve excellent : le prophète et le leader sont en train de devenir des femmes de ménage : “The prophet and leader is rapidly becoming a handmaid”

Nicolas Bonnal

 

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