Humiliés

Chants des humiliés

 

Nous ne vous excuserons plus

Pour les ateliers fermés

Pour les révoltes déclenchées

Pour toutes nos années perdues

 

Nous ne vous admirerons plus

Vous avez piétiné nos songes

Avec vos talons de mensonge

Nous ne vous respecterons plus

 

Dans les allées de vos usines

J’ai marché comme un vieux cheval

Mais maintenant tout m’est égal

Qu’ils aillent tout fabriquer en Chine

 

Nous ne vous excuserons plus

Pour ceux qu’on a convoqués tard

Et renvoyés dans le brouillard

Et qui du travail n’auront plus

 

Nous ne vous excuserons plus

Pour les salaires de misère

Pour la misère des salaires

Car nos espoirs n’en peuvent plus

 

Nous ne vous excuserons plus

De nous avoir sacrifiés

Pour pouvoir vous glorifier

D’étaler tout votre  surplus

 

 

Nous ne vous excuserons plus

D’avoir écrasé tant de mains

D’avoir craché sur le prochain

Pour chaque jour en avoir plus

 

Pour porter un costume propre

Vous avez tout empoisonné

Nos âmes qui étaient si propres

Vous les avez dénaturées

 

Mais elles flairent le mensonge

C’est une odeur qui les ronge

Elles veulent la dignité

L’amitié et la charité

 

Et vous avez fait pénétrer

Des peuples entiers chez nous

Avec des papiers signés

Comme si nous étions le vent nous

 

Et demain l’argent vaurien

Ne vaudra plus rien mais plus rien

Et ces gens-là mourront de faim

Où nous saignerons pour un pain

 

 

 

A force de fouler le cœur

Des peuples vous ferez jaillir

Le vin amer de la rancœur

Vous serez en ligne de mire

 

Nos pieds claqueront sur vos quais

Les rails de l’indignation

Tinteront jusqu’en vos palais

Nous serons sans résignation

 

Si vous aviez un peu pitié de vous

Interdits et impôts et taxes pleuvent

Sur nos dos épuisés et tout glacés

Si vous aviez un peu pitié de vous

 

Si vous aviez un peu pitié de vous

Nos greniers ont été vidés pour vous

Et notre mobilier est chez l’huissier

Si vous aviez un peu pitié de vous

 

Si vous aviez un peu pitié de vous

L’air est lourd mais porte plus forts nos cris

Nous crions dans des ateliers vidés

Etouffés et stressés et ankylosés

Comme des animaux à engraisser

Comme des déments en train de hurler

Nous sommes pauvres et n’avons plus rien

Et le Peu que nous avons nous est encore pris

Notre faiblesse est l’or des plus puissants

Si nous avions un peu pitié de nous

Nous lèverions plus souvent notre front

Nous exigerions des conditions

Alors nous serions une nation

Jean Henrion

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