Marine Le Pen ou Mélanchon : Pourquoi l’un d’eux pourrait être élu à cause de la France des fragilités.

Pourquoi Le Pen ou Mélanchon pourraient gagner.

Qui jouera échec et mat?

 

J’ai synthétisé un reportage qui m’a profondément marqué, diffusé sur France 3, le 30 mars 2017. Le dernier paragraphe, en italiques, est ma conclusion personnelle.  Il s’agit de la France des fragilités.

 

Les dernières quarante années auront été des années de bouleversement sans précédent dans le paysage géographique français. Les vingt-cinq plus grandes villes auront gagné en richesse, tandis que les campagnes se seront appauvries. Le discours des médias sur les campagnes et la réalité de la vie sont des calques très mal superposés. Au cours des Trente Glorieuses, il y avait eu une intégration dans une nouvelle économie de tout le territoire. Mais après les deux chocs pétroliers, les campagnes ont subi de plein fouet les crises. Dans les 25 métropoles qui totalisent 40% de la population sont concentrés les cadres, les techniciens spécialisés et l’essentiel des immigrés. C’est là que 80% du PIB du pays est produit. Mais cela ne veut nullement dire que tous les habitants de ces grandes métropoles soient riches.

La mondialisation, c’est la concentration de l’économie dans des secteurs très qualifiés qui ont leurs sièges dans les grandes villes. Il y a donc une France de la fragilité sociale et une France du dynamisme social. La France des fragilités sociales n’est pas un désert, mais elle est loin des autoroutes, des grands réseaux ferroviaires, voire de l’internet. De ce fait, les industries ont déserté ces grandes parties du territoire, mais la plupart des habitants n’ont pas les moyens d’aller habiter en ville. Les centres-villes se sont gentrifiés, c’est-à-dire que les quartiers populaires ont peu à peu été occupés par la bourgeoisie montante de la nouvelle économie mondialisée. 75% des français n’ont guère les moyens de se déplacer, surtout dans le sens de déménager et sont donc exclus de la mondialisation, des centres névralgiques où se joue la partie.

 

La France des fragilités de la représentation

Les politiques urbaines des dernières décennies ont consisté à réhabiliter des quartiers populaires au profit des classes aisées, rejetées de plus en plus loin. Il s’agit ici d’une organisation de l’inégalité. De plus, les lois électorales en France ont fait que le Front National, malgré des millions de votants, n’a guère eu accès au pouvoir. Les populations ressentent cela comme du mépris de la part des dirigeants ainsi qu’une confiscation de la démocratie.

La France des fragilités de l’urbanisme

Transformer un ancien commerce en loft est ultraviolent. Cela signifie que les classes populaires qui travaillaient dans ce commerce en ont été délogées.  Ceux qui ont racheté une usine désaffectée pour en faire du locatif en font du locatif de luxe. Dans 20 ou 30 ans, les villes seront des musées. Les nouveaux arrivants, enrichis, gardent les signes des anciens commerces, des anciennes usines. Ainsi, un commerce de chaussures transformé en bar branché, continuera de s’appeler Au Cordonnier. Le café, lieu populaire par excellence, va devenir, un repaire de bobos. Là où le peuple vivait dans la rue, était bruyant, là les bobos ne supportent plus le bruit. La rue se vide. Peuple de l’intérieur contre populace de l’extérieur. Le cycle de va-et-vient est rompu. On aboutit alors à une société bloquée et non mélangée. Les classes populaires sont rejetées en dehors des villes, de plus en plus loin, mais tout le paradoxe est qu’elles doivent aller travailler au centre-ville ou dans la proche banlieue. Être citadin, cela signifie être pris quotidiennement dans une épuisant masse de trafic. Les pauvres, cependant, s’invitent au centre des villes par ce que les observateurs de ces phénomènes appelaient le « braconnage urbain » au XIXème siècle. Des hordes d’immigrés arrivent au centre de la ville, mais n’ont pas vraiment les moyens d’y vivre. Ils forcent alors un certain nombre de logements vides ou exercent de petits métiers comme vendeurs de roses, cireurs de chaussures.

La France des fragilités agricoles

En 1968, le journal le Monde prophétisait qu’avec 300 000 chômeurs, ce serait la Révolution. Il est tout de même incroyable que des gens qui se prétendent de grands journalistes aient si peu de connaissances des mécanismes qui mènent aux révolutions. Le vote extrémiste n’est pas majoritaire dans les grandes villes mais dans les territoires délaissés par le gouvernement. Parce que les territoires délaissés ne bénéficient pas des avantages de la mondialisation. Les gens modestes ont perçu depuis longtemps que la mondialisation est profondément inégalitaire et meurtrière à leur égard. Il y a douze millions de personnes pour lesquelles la fin de mois se joue à 50 euros. Un paysan sur quatre vit en-dessous du seuil de pauvreté. Il y avait 10 millions d’exploitations agricoles en 1945, un million en 1990, 500 000 aujourd’hui. Il y a un suicide d’agriculteur par jour et deux cent exploitations qui disparaissent par semaine. Cela entraîne la pauvreté et la construction illicite pour ne pas avoir à déclarer les impôts locaux. Les populations suivent les flux économiques qui, en France, ont tendance à se déplacer vers le Sud. La conséquence est que les axes routiers du Sud sont surchargés, les paysages massacrés.

Source : http://www.tv-replay.fr/moteur/?q=La+france+en+face&encoding-q=false

 

Conclusion

Les peuples se révoltent d’abord par les élections. Combien de guerres civiles ont débuté par les élections ? Guerre d’Espagne, guerre de Syrie, etc. Les révolutions ont lieu lorsque le blocage de la société ne permet plus aux différentes classes sociales d’être mouvantes, c’est lorsque la société se gentrifie. À ce moment-là on observe un phénomène d’expansion de la parole violente, dernier recours du peuple lorsque le droit devient une milice privée au service d’un club. Les puissants cris des peuples face aux oreilles sourdes des dirigeants qui vivent dans le déni de la réalité.

Jean Henrion

 

Commente donc une fois!