À la recherche de la France dans mon homme sauvage -Poème pour la France.

 

À la recherche de la France dans mon homme sauvage

 

Une cuiller d’or papillonne au fond du fleuve

Et dans le placenta de cette mystérieuse profondeur

S’enfonce l’histoire de ceux qui m’ont construit.

L’or des siècles qui a sombré dans le naufrage du temps

Exige une cage d’être pour atteindre l’amphore de ce passé

Ensevelie dans la vase de l’oubli.

Les anguilles glissant du cadavre comme calligraphies du passé ?

De la charité, du meurtre, de la gloire ou du déshonneur

Plantés comme des hameçons

Dans ma langue blessée?

L’histoire est christique, elle porte tantôt une couronne d’or,

Tantôt une couronne d’épines

Et le ventre du monde marin

Absorbe cœur et cerveau.

L’intelligence n’est-elle pas tant l’enfant du cerveau que du cœur ?

 

L’équation d’un sourire ne répond pas à une science mais à l’énigme d’un être…

 

Une nuit profonde se place maintenant sur la ronde passoire du monde

Et son ombre nous couvre comme une conserve gonflée par le malheur,

Déploie une nuit ou le profit mime la vie

Ou l’avidité bat la lividité de la vertu

Et le détachement devient son propre crime.

On veut nous accoucher d’une non-identité

Qui serait notre nouvelle entité,

La tortue doit devenir une limace.

 

 

 

Le monde est parcouru d’arcs grésillant de Tsars qui grillent

Les câbles des neurones.

La poussière du monde enfante une tôle rouillée par les sabots du mensonge.

La peur électrique produit des forages dans le bitume des angoisses

Et la vie magnétique des soleils qui s’enfoncent dans le gosier des horizons.

 

Le crime des banquiers est un cancer qui ronge la profondeur d’un beau visage,

C’est une tyrannie vierge de sang où des poignards

Sans mains arpentent les hectares de nos angoisses.

Là, le champ de bataille est un arbre où l’on se pend,

Un hôpital où l’on meurt d’injections de soucis.

On a perdu jusqu’à la clé de la charité

Et nos serrures grincent d’insatisfaction.

 

 

France,

Enfin doucement tu t’abandonnes

À cet amour fécond qui foisonne

Et te donne et te moissonne et te sonne.

 

Et la vie est puissante dans tes yeux

Et le village de ton visage

Te sourit un chemin merveilleux.

 

Ton âme est cette vieille église

Où des diables pierreux de passage

Respirent ton âme éprise et grise

Comme une ardoise où Dieu partage

 

Sa joie de toute prière émise :

Une fleur vit de boue et de lumière !

Je connais ton âme, ange et sorcière,

Et ma chanson glisse vers sa lumière.

 

La force des actes réside dans la puissance de l’âme

Et je cherche le verbe dans les pulsions de mon pays.

J’ai fracassé le charbon pour découvrir le diamant

Et percé mon cœur jusqu’au sang.

J’ai jonglé une grammaire immense

De dates, de victoires et de défaites

Et mon pays est épousé de forêts

Aux corsets verts où sont nouées des réponses

Qui s’interrogent.

J’ai parcouru des forges de villes

Et des hameaux de feu

Où les enseignes grincent enchaînées aux étoiles,

Et brûlé sa carte de mon haleine impatiente,

Sa carte aux six côtés et qui a tatoué mille cathédrales

Dans son épiderme de pierre et d’argile

Et ses plaines accentuent

La ponctuation déchirée de ses montagnes.

 

Tu m’as initié à la clarté de ton âme,

Au regard vivant de tes morts

Et à la souplesse de ces syllabes

Dont l’osier est tressé dans chaque phrase.

 

Le vin du Rhin se dissout dans les yeux clairs de la Germanie

Et l’amphore de la Provence sonne comme une cloche

Bourrée de parchemins,

Et le taureau des rires lutte à mort avec la foule des pleurs,

Et la fière flamme allumée du pèlerin,

Torero arqué sur son courage

Face au taureau de la nuit

Où sont secoués les fruitiers de la miséricorde.

Les cils des ponts sont jetés sur les fleuves

Et je survole la France comme un astre

Sous le sperme des étoiles.

 

Forge de la France

 

Notre mémoire est le nid où pondent nos émotions.

  1. F. une fois tu m’as regardé, nos regards se sont croisés

Et nos émotions se sont atteintes comme le baiser d’une libellule et d’un papillon.

Nous nous sommes perdus comme deux flocons

Tombés l’un sur l’Everest et l’autre sur l’Anapurna.

Du plus profond de mon âme, depuis ce jour-là, je hais les hasards de la vie parce qu’ils font parler les devins et rendent muets les sages.

Et tous les jours, je les bénis tout de même, ces hussards de hasards.

Le hasard est un crampon tapé dans les flancs de la cime

De je ne sais quelle montagne.

Un sentier plein de caries qui nous promet je ne sais quel paysage sublime.

Comme tu étais française et que j’étais allemand,

Nos baisers auraient été comme ceux d’un hêtre et d’un chêne.

J’ai cherché la France, j’ai cherché l’Allemagne, j’ai découvert le monde.

Certains êtres ont l’utilité d’un levier,

D’autres ceux d’un plan.

Ta tête d’amour était dans le fourreau de ta merveilleuse chevelure

Noire

Byzantine

De basalte

De charbon,

Tu m’infligeais ta brune beauté

Et je souffrais de ma blonde timidité.

Je te sculptais comme une Isis

Lumineuse dans mes rêves noirs,

Dans leur basalte noir

Et le grès rose de tes lèvres

Me parlait

Comme le parfum d’une fleur dialogue

Avec la carapace de bronze d’une abeille,

Et ma tendresse évidente

Était celle de la pierre qui se fossilise

Pour faire frémir l’imagination des hommes.

Et l’amour me répondait

À la place de la mort.

Tu incarnais la France

Et la rime qui embrasse

Les lèvres de l’idée.

 

Des pirates veulent me retirer la toge de mon esprit

Agrafée à mes épaules avec la fibule de mon Histoire

Et moi je désire m’imprégner de l’éternité avec le parfum de mon pays, M’imprégner du duvet des galaxies avec les chants de mon pays,

Trouver l’équilibre entre le subjectif et l’objectif

Avec les poètes de mon pays. .

La fausse-couche du jugement, n’est expulsée que lorsque la densité

Du subjectif contracte celle de l’objectif.

J’ai vraiment aimé ta lumière qui faisait osciller ton cœur

Et ta ferveur, lesquelles participaient à la danse de ma galaxie.

J’ai échappé grâce à toi au meurtre de ma différence,

Je voyais déjà le couteau de la banalité percer le corps de ma médiocrité.

Mon fleuve a toujours coulé vers l’amont

Et il a découvert des formes inexpérimentées des hommes.

Chaque syllabe expérimentée est un verbe de l’univers

Et un adjectif de mon moi en accord avec le cosmos.

Épuise-moi, Univers et ma France et mon Allemagne !

À la Renaissance, la guerre c’était le loisir des Puissants.

Après la Révolution, la guerre fut le loisir des Peuples.

Le drame de l’homme, ce n’est pas la mort, c’est l’immortalité.

L’immortalité de l’homme a pour sœur siamoise l’immoralité de l’homme.

À travers l’or, le diamant, l’art, la prière, la promesse de mille ans de bonheur.

L’homme est prêt à toutes les destructions pour financer ses prostitutions.

 

“Le silence de ces espaces infinis m’effraie.” disait le philosophe Blaise Pascal vers 1650 en observant les étoiles. Moi, il m’émerveille, le silence des étoiles. Le silence permet à une âme de s’épanouir comme une fleur sous un arbre immense. La nature est un grand musée et chaque fleur est aussi mystérieuse que la Joconde. Chaque architecture aussi complexe qu’une cathédrale. Qui irait briser une sculpture de Michel-Ange ? Lacérer une toile de Raphaël ? Alors pourquoi arracher un olivier à sa lumière et jeter un papillon à terre ?

Ceux qui savent accorder la grammaire du passé ne savent pas accorder le poème de la vie au diapason des réponses du présent.

Je te parle de mes équations et de mes chiffres mystérieux qui n’expliquent pas les mystères mais les implosent. Ras le bol du téléviseur du présent, ce crieur public qui hurle les mésententes, les guerres et les morts jusque dans mon salon avec le lexique usé de la raison.

Je ne veux plus tremper mon pinceau dans des huiles étranges, dans des langages qui ne me parlent pas, dans des flaques qui ne reflètent pas mon visage.

Les mythes modernes, ce ne sont que des mèches qui désirent l’implosion du passé. Des fables du présent qui promettent de féconder l’avenir.

Dans la ruche de la vie, il y a toujours des faux-bourdons qui fécondent l’avenir. Et des abeilles qui fabriquent l’alchimie du devenir. Devenir, c’est se dissoudre en Dieu.

L’impatience des corps tente de corriger les faiblesses que nous avons à l’égard du Verbe.

J’ai passé. Ma lumière s’éteint. Plus mon corps se consume de vieillesse, plus je suis densifié de devenir, ma conscience est mon huile qui éclaire le labyrinthe de mon destin.

 

Femme du Président, toute une aura de leds t’illumine.

Un reste de jeunesse fulmine encore

Contre le brouillard de temps qui t’absorbe.

Vous organisez la matière,

Moi je plonge dans l’antimatière.

Moi je n’ai rien à vous proposer

Que l’esthétique de mes moulures verbales

Et l’effarouchement de votre souffrance avec les cris du détachement.

 

Parce que la mortalité des choses

Te renvoie à l’immortalité de tes conséquences.

Ta puissance est une jouissance de sable

Et la possession du paradis terrestre enfante les puissances de l’enfer, me dis-tu.

Tu as participé, en bien ou en mal, à ma vie, conscience bavarde. J’ai appris de toi l’amour et comment coudre la vie à la peau du corps, comment doser la chaux du désarroi et le sable instable du temps pour monter le mur des certitudes friables. Tu es née dans la riche terre de mon pays. Où des boulangers de pierre ont façonné la pâte des églises qui semblent si frêles dans un matin qui a mille ans. Oh, tu as été mon école, mon étole ! Nous sommes nourris d’un certain un degré d’ombre, m’as-tu appris,

Et incapables de calculer la lumière

Mais notre bêche qui creuse notre tombe

Déterre aussi de la lumière.

Jean Henrion le 6 juin 2017

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