Qatar : Comprendre la crise et ses enjeux.

Comprendre la crise avec le Qatar

Le samedi 20 mai 2017, Donald Trump doit visiter l’Arabie Saoudite avant le sommet arabo-musulman du lendemain.

Le 23 mai, le jeune émir du Qatar, Ben Hamad Al Thani, lors d’une cérémonie de remise de médaille militaire, durant son discours, dit que l’Iran, ennemi juré des pays du Golf parce qu’il est chiite, était, en tant que pays musulman, une puissance sur laquelle il fallait compter. Quelques heures plus tard, devant la réaction scandalisée des pays du Golfe, Doha dément et prétend avoir été victimes d’une attaque informatique.

Ce dernier aurait critiqué la volonté de Riyad d’isoler diplomatiquement l’Iran tout en prenant la défense du Hezbollah et des Frères musulmans. Il aurait également tenu des propos assez négatifs sur les relations entre l’administration de Donald Trump et le Qatar, pourtant un proche allié des Etats-Unis. Donc, les autorités qataries ont affirmé avoir été victimes de « hackers », mais cela n’a pas empêché Riyad et Abou Dhabi de bloquer, en conséquence, les médias qataris, comme Al-Jazira, sur leurs territoires.

Depuis un mois, le ton a terriblement monté. Le Qatar est surtout accusé de financer le terrorisme islamique. De ce fait, l’Arabie Saoudite et ses alliés ont posé un ultimatum au Qatar.

C’est une telle liste d’exigences que, si elle était remplie, le Qatar disparaîtrait en tant qu’État souverain. Selon un document de travail, révélé par l’agence Associated Press, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn et l’Égypte, qui ont rompu leurs relations diplomatiques et mis en place un embargo contre le Qatar depuis le 5 juin, ont transmis une liste de treize conditions que Doha devra remplir pour mettre fin à la crise.”

Ce document demande, entre autres :

1—l’arrêt de tout contact avec les « organisations terroristes » – les Frères musulmans, l’organisation État islamique, Al-Qaida et le Hezbollah sont cités, mais pas le Hamas palestinien –, mais aussi avec les partis d’opposition aux EAU, à l’Arabie saoudite, à l’Égypte et à Bahreïn ;
2—l’expulsion de tous les opposants hébergés au Qatar et considérés comme « terroristes » par ces quatre pays. Les Frères musulmans sont particulièrement visés ;
3—la fermeture de sa chaîne d’informations Al-Jazira et d’autres médias financés par le Qatar ;
Doha est sommé de réduire ses relations politiques et commerciales avec l’Iran ;
4—Cesser toute coopération militaire avec la Turquie ;
5—Enfin, l’émirat devra payer des « réparations » financières à ses voisins et se soumettre à un mécanisme de contrôle pendant les dix prochaines années.

C’est donc une guerre à mort qui a été déclarée contre le Qatar qui juge évidemment que ces mesures sont une véritable mise sous tutelle inacceptable pour le Qatar.

La question qui reste en suspens est de savoir ce qu’il se passera quand le Qatar aura refusé ces exigences.

Les enjeux :
La récente crise médiatico-politique a rallumé la mèche de la discorde au sein du camp sunnite. Mais elle n’a fait que révéler les tensions préexistantes entre d’une part le Qatar et d’autre part Riyad et ses alliés, dont les stratégies sur la scène régionale sont souvent en compétition.
Riyad a fait du « containment » iranien son principal objectif dans la région. Plus qu’une politique, c’est une véritable hantise pour le royaume wahhabite qui craint que l’Iran accroisse son influence dans toute la région et déstabilise les régimes du Golfe en encourageant la révolte des populations chiites. Doha n’est clairement pas sur la même longueur d’ondes puisqu’il ne considère pas Téhéran comme un ennemi, encore moins comme un ennemi prioritaire. Doha refuse de couper tous les ponts avec Téhéran et continue d’entretenir des relations diplomatiques avec ce dernier. Le Qatar était par exemple en première ligne ces derniers mois pour négocier l’évacuation des populations civiles syriennes au sein des deux camps avec les milices chiites pro-Téhéran.
Riyad et ses alliés reprochent également à leur voisin de soutenir les groupes islamistes, voire jihadistes, sunnites, dans la région. Doha refuse de placer les Frères musulmans sur la liste des groupes terroristes et continue d’apporter un soutien à plusieurs groupes islamistes, proches de la confrérie, notamment en Libye et en Syrie. Abou Dhabi et Le Caire, qui considèrent pour leur part les Ikhwan comme l’ennemi absolu, entretiennent des relations très tendues avec le Qatar depuis déjà plusieurs années. En chef de file du camp sunnite, le roi Salmane d’Arabie saoudite, moins hostile que son prédécesseur à la confrérie, arbitrait jusqu’à récemment les conflits entre ces différents Etats. Mais conforté dans sa ligne anti-iranienne par les récents discours du président américain Donald Trump, Riyad semble avoir décidé qu’il n’était plus question de tolérer la moindre dissidence au sein du “sunnistan”.

Les conséquences possibles :
Le projet de Donald Trump de créer un Otan arabe, qui aurait vocation à combattre l’extrémisme sunnite comme chiite, ressemble aujourd’hui plus que jamais à un mythe. Les pays arabes sunnites ne parviennent pas à s’entendre autour d’une stratégie commune et Riyad n’est toujours pas parvenue à imposer totalement son leadership aux autres puissances.
Le Qatar, émirat aux moyens importants, notamment en gaz et en pétrole, mais qui reste un petit pays dans la région, apparaît néanmoins aujourd’hui plus isolé que jamais. Il ne peut même pas vraiment compter sur la Turquie, dont la politique n’est pourtant pas si éloignée, mais dont la priorité est aujourd’hui donnée au combat contre les Kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) et leurs satellites dans la région.

Le rapport de force est clairement à l’avantage de Riyad et de ses alliés qui vont faire pression pour faire plier Doha. Par tous les moyens.

                                                Publié par Jean Henrion.com

 

 

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