Le terrorisme : pourquoi il sera vaincu par notre décadence, d’Alexander Grau, philosophe allemand.

Article d’Alexander Grau, sur le site CICERO qui est l’un des principaux sites de philosophie allemands, auquel participent de nombreux intellectuels d’outre-Rhin. 

Alexandre Grau, philosophe, journaliste allemand

Alexander Grau est docteur en philosophie et travaille en tant que journaliste culturel et scientifique indépendant. En Décembre 2014, il a publié : “La Religion est apparue. Facettes d’un terme controversé” à la maison d’édition évangélique de Leipzig.

Alexandre Grau pense que la force de l’Occident est sa “décadence”

 Propagande à des destinataires différents

Le terrorisme, c’est de la communication. Cela sonne cyniquement. Mais celui qui ne voit dans le terrorisme qu’un infâme crime, ferme les yeux devant le problème et prend alors les mauvaises décisions.

L’anarchiste russe Bakounine formulait dès 1870 : « Nous ne devons pas promouvoir nos principes avec des mots, mais les répandre par des actions terroristes, parce que c’est la forme d’action la plus populaire, la plus puissante et la plus difficile à combattre parmi les propagandes. »  Quelques années plus tard, l’anarchiste français Paul Brousse a résumé le concept par la formule durable de « propagande par l’action. »

Tous les terrorismes modernes, le terrorisme islamique y compris, ont intériorisé ce concept de propagande par l’acte spectaculaire. Cependant, les terroristes islamistes se battent dans deux cultures. Au sein de leur propre culture islamique, la propagande par l’acte a le même caractère d’appel que pour les révolutionnaires européens du 19ème siècle : Elle veut être une rébellion contre les élites traditionnelles ou la remorque qu’ils appellent le soutien des communautés différentes.

Dans la culture européenne, la situation est quelque peu différente. Ici, la propagande de l’acte vise à deux destinataires complètement différents : l’un des destinataires est la vie communautaire de la diaspora que sont les musulmans de l’Ouest. Ils devraient être encouragés à commettre des crimes dans le but de préparer une situation de guerre civile.

Terreur comme un rejet de mode de vie occidental

En même temps, l’acte terroriste de communication en lui-même est dirigé contre la société occidentale dominante.  Son message est celui-ci : « Regardez, comme nous méprisons votre décadence et votre amour de la vie. Nous sommes les plus forts, parce que nous ne dépendons pas de petites convoitises mondaines ni à devenir un monde riche et veule. Et parce que tel est le cas, nous gagnerons. »

En d’autres termes, la terreur islamiste en Occident, du point de vue de ses acteurs dans la tentative de démontrer leur supériorité culturelle, ils l’illustrent purement et simplement par le meurtre. Par le sacrifice ascétique, la violence archaïque et le mépris de ce monde.

Lorsque haine rencontre indifférence

Ici réside précisément son erreur de pensée et ses limites. Les sociétés occidentales sont complètement sourdes à la langue du terrorisme. En fait, l’Occident a un mépris civilisé pour la violence, une réaction pacifique et non violente au regard de ses propres expériences historiques, mais surtout de par son développement socio-économique et il fait face à cela sans comprendre le vocabulaire archaïque de la propagande de l’acte. « Votre action est vaine », pense l’occidental.

Il est vrai que les représentants du gouvernement, les leaders d’opinion et les commentateurs affirment après chaque nouvelle attaque la fermeté de l’Occident et sa volonté résolue de défendre ses valeurs. Mais ce vocabulaire militaire fait partie d’un rituel de communication officielle. En fait, le moment d’effroi passé, les gens retournent rapidement à leurs affaires, comme d’habitude, et vont déguster un latte macchiato au bistrot du coin.

La terreur est exposée au ridicule

On pourrait interpréter cela comme une faiblesse. Cependant, cette faiblesse est une force incroyable. Aucune disposition de terrorisme n’est plus efficace que le refus de communiquer. Et vice- versa : relayer le vocabulaire des terroristes et répondre à une propagande de l’acte serait plus que contre-productif.

On peut aussi le formuler ainsi : Notre décadence est notre meilleure arme. Elle rend la propagande islamiste de l’acte non seulement terne, elle l’expose aussi ridicule. Qu’est-ce qui pourrait être plus absurde que de se faire sauter au début du 21e siècle au nom de Dieu et dans l’espoir d’un paradis présumé ? Ce n’est pas héroïque. C’est juste embarrassant. C’est une caricature d’une formule de pathos. Que dans ce genre d’affaires stupides des gens doivent mourir, rend les choses encore pire.

C’est un autre problème que la situation de la jeunesse musulmane frustrée dans les ghettos des villes occidentales. Certains d’entre eux se sentent confirmés dans leur ressentiment par la faiblesse apparente de l’Occident. Là est le vrai défi. Mais ces jeunes préfèrent danser avec en sécurité lors d’un concert pop, mais pour se faire exploser là-bas. Nous devrions plus compter sur le charme irrésistible de notre décadence.

Alexander Grau, traduit par Jean Henrion.com

http://cicero.de/salon/umgang-mit-dem-terror-die-dekadenz-ist-unsere-beste-waffe

 

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